Société 4 min 13 June 2026

Bafana Bafana : le soutien africains au Mexique qui fait mal au capitaine

Kossi-Kouma AKOSSOU

Kossi-Kouma AKOSSOU

Auteur vérifié

Sociologue & Enseignant, diplômé en sociologie de l'éducation. Passionné par l'éducation et l'analyse des faits sociaux.

3
Bafana Bafana : le soutien africains au Mexique qui fait mal au capitaine
108 1 0

 

La déclaration de Ronwen Williams après la défaite de l'Afrique du Sud face au Mexique à la Coupe du Monde a enflammé les réseaux sociaux. Le capitaine des Bafana Bafana s'est dit blessé par le manque de solidarité africaine. Mais derrière ce coup de gueule se cache une réalité bien plus complexe.

Ronwen Williams interpelle le continent africain : « Soutenons-nous les uns les autres »

 

Après l'élimination de l'Afrique du Sud face au Mexique lors de la Coupe du Monde 2026, le capitaine et gardien des Bafana Bafana, Ronwen Williams, n'a pas caché son amertume. Dans une déclaration remarquée, il a lancé un appel à la solidarité panafricaine:

« Les Africains ont toujours soutenu les autres pays africains dans chaque tournoi de la Coupe du Monde, mais je ne comprends pas pourquoi notre cas est différent. Beaucoup d'Africains ont soutenu le Mexique, et non nous, les Sud-Africains. Nous avons failli verser des larmes. En tant qu'Africains, soutenons-nous les uns les autres, unissons-nous. »

 

Un message sincère. Mais qui mérite une réponse franche.

Un phénomène confirmé sur les réseaux sociaux

Le constat est réel et vérifiable : lors du match Afrique du Sud – Mexique, une partie significative des supporters africains a clairement choisi de soutenir l'équipe nord-américaine. Commentaires, publications, messages privés… le phénomène a été massivement observé sur les plateformes sociales.

 

Surprenant en apparence. Logique quand on creuse.

Xénophobie en Afrique du Sud : la blessure qui ne cicatrise pas

Pour comprendre ce désaveu continental, il faut regarder la réalité en face : l'Afrique du Sud traîne depuis des années un lourd passif de xénophobie envers les ressortissants africains.

Des vagues de violences contre des immigrés zimbabwéens, mozambicains, nigérians, congolais ou malawites ont régulièrement éclaté dans les townships sud-africains. Des commerces brûlés, des hommes tabassés, des familles chassées. Ces images ont fait le tour du continent et ont profondément marqué la mémoire collective africaine.

La solidarité continentale ne se construit pas uniquement à travers le sport. Elle se forge  ou se détruit  dans les actes du quotidien.

Ronwen Williams, un capitaine qui ne peut pas ignorer cette réalité

Il y a quelque chose de paradoxal dans la déclaration de Williams. En tant que capitaine et gardien titulaire de Mamelodi Sundowns, l'un des clubs les plus influents et les plus suivis du continent africain, il évolue au cœur de la société sud-africaine. Il est difficile d'imaginer qu'il soit totalement étranger aux tensions xénophobes qui secouent régulièrement son pays.

S'indigner du manque de soutien sans reconnaître les causes de ce malaise, c'est regarder les conséquences sans vouloir voir les racines.

 

La solidarité africaine ne se décrète pas, elle se mérite

L'Afrique a une longue et belle tradition de solidarité sportive. Lors de chaque Coupe du Monde, les nations africaines se soutiennent mutuellement avec une fierté et une ferveur reconnaissables. Ce réflexe d'unité panafricaine est réel  et précieux.

Mais la solidarité ne fonctionne pas à sens unique. Elle suppose un respect mutuel, une fraternité qui dépasse les frontières du stade. Lorsqu'un pays est perçu comme hostile envers ses frères africains, il ne peut pas raisonnablement réclamer leur soutien le jour du match.

 

Le football, miroir des fractures sociales

Le sport est souvent révélateur des tensions profondes qui traversent nos sociétés. Le choix de nombreux Africains de soutenir le Mexique plutôt que l'Afrique du Sud n'est pas anodin : c'est un signal politique et émotionnel, l'expression d'un malaise qui dépasse largement le cadre du football.

Ce n'est pas de la haine envers l'Afrique du Sud. C'est le reflet d'une douleur accumulée, d'une attente de réciprocité qui n'est pas encore venue

 

Conclusion : avant de réclamer l'unité, construisons-la

L'appel de Ronwen Williams à l'unité africaine est légitime dans le fond. Mais pour qu'il porte, il doit s'accompagner d'une introspection collective en Afrique du Sud.

La vraie solidarité africaine ne commence pas le jour d'un match. Elle commence le lendemain, dans les rues, dans les politiques d'accueil, dans le respect de chaque être humain qui traverse une frontière.

Ce jour-là, les Bafana Bafana pourront compter sur tout un continent derrière eux.

 

Like et partage ❤️ 

Qu'avez-vous pensé de cet article ?

Vous aimez cet article ?

Créez un compte pour commenter et participer aux quiz

S'inscrire gratuitement
Lire aussi
Quiz du moment Moyen

Teste tes connaissances

Ce quizz est un testeur de connaissances générales sur le monde

0 Commentaires

Connectez-vous pour laisser un commentaire Se connecter →

Soyez le premier à commenter cet article